Ecorobotix : la pulvérisation plante par plante, une piste pour l'agriculture tunisienne ?

Dans la plupart des champs, le désherbant est pulvérisé sur toute la surface, même là où aucune mauvaise herbe ne pousse. Ecorobotix, entreprise deeptech d'Yverdon-les-Bains, dans le canton de Vaud, fait l'inverse : ses machines photographient le sol, reconnaissent chaque plante grâce à l'IA et ne traitent que celles qui doivent l'être, sur quelques centimètres.
Le 2 novembre 2026, l'entreprise a présenté l'ARA725, un pulvérisateur tiré par un tracteur qui traite une bande d'environ 7,25 mètres à chaque passage, avec 180 buses et sept modules de caméras. Cette nouvelle largeur répond surtout à la demande de producteurs d'oignons du Nord-Ouest des États-Unis, dont les champs ne correspondaient pas aux modèles existants.
Quelques jours plus tôt, Ecorobotix avait annoncé 10 nouveaux modèles d'IA de reconnaissance des cultures pour mars 2027, dont l'ail, le poireau et la pomme de terre, soit plus de 120 au total. Testés en 2026 sur plus de 11 000 hectares dans plus de 20 pays, ils ont réduit en moyenne de 86 % la quantité de produits utilisée, selon l'entreprise. Un modèle vise le souchet comestible, une mauvaise herbe qui a causé des pertes de récolte de 40 % à 71 % en Suisse, selon la station de recherche Agroscope.
Fondée par l'entrepreneur Aurélien Demaurex et Steve Tanner, alors ingénieur et chercheur à l'EPFL, et dirigée depuis 2024 par Dominique Mégret, Ecorobotix revendique plus de 1 000 machines en service. Le prix de l'ARA725 et sa date de livraison ne sont pas encore connus.
Source : Derrière La Croix, « Ecorobotix lance l'ARA725, un pulvérisateur de 7,25 mètres qui traite les champs plante par plante », 3 novembre 2026, https://derrierelacroix.substack.com/p/ecorobotix-lance-lara725-un-pulverisateur. D'après les communiqués d'Ecorobotix des 29 octobre et 2 novembre 2026.
Pour STASE, cette annonce venue de Suisse pose une question simple à l'agriculture tunisienne : et si l'on traitait seulement les plantes qui en ont besoin, au lieu de tout le champ ?
L'idée parle directement à nos agriculteurs. Moins de produits pulvérisés, c'est moins d'argent dépensé en désherbants, moins de résidus dans les sols et dans les nappes, et moins d'exposition pour celles et ceux qui travaillent dans les champs. C'est aussi moins d'eau pour préparer les mélanges. Dans un pays où l'irrigation absorbe déjà environ 80 % de l'eau prélevée, selon la FAO, chaque litre compte.
Il y a aussi un enjeu d'exportation. Les acheteurs européens sont de plus en plus exigeants sur les traces de produits chimiques dans les fruits et légumes. Une agriculture qui pulvérise moins, et qui peut le prouver, a un argument de plus pour garder et gagner ces marchés.
Restons prudents. Le chiffre de 86 % est une moyenne donnée par l'entreprise, sans détail par culture. Le prix et la date de livraison de l'ARA725 ne sont pas connus. Une machine pensée pour de grandes exploitations nord-américaines ne convient pas forcément à toutes nos exploitations ni à nos cultures. Les modèles d'IA devraient être entraînés et testés sur des champs tunisiens, et les produits utilisés doivent rester autorisés en Tunisie.
C'est justement là que se trouve une piste intéressante. L'agriculture emploie 14,8 % des actifs occupés en Tunisie, selon l'INS. Nos écoles forment des ingénieurs agronomes et informaticiens capables de travailler sur ces technologies. Des essais menés avec des instituts de recherche, des coopératives ou des prestataires de services partagés entre plusieurs exploitations pourraient rendre ces outils accessibles. Un partenariat suisse-tunisien, entre une entreprise comme Ecorobotix, des chercheurs et des agriculteurs, aurait du sens.
STASE suivra ce sujet de près.
Ce texte s'appuie sur l'article publié le 3 novembre 2026 par le média Derrière La Croix. Nous vous invitons à le lire en entier et à suivre Derrière La Croix sur Substack (https://derrierelacroix.substack.com) et sur X (@DerriereLaCroix, https://x.com/DerriereLaCroix).
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