Huile d'olive tunisienne : sortir du vrac pour enfin porter son nom

Médaillée à Berlin, à New York ou au Japon, l'huile d'olive tunisienne n'a jamais autant brillé. La campagne 2025-2026 devrait établir un nouveau record d'environ 500 000 tonnes, ce qui placerait la Tunisie au deuxième rang mondial, juste derrière l'Espagne. Le pays compte aujourd'hui près de 140 millions d'oliviers, contre 54 millions dans les années 1970, et les recettes d'exportation ont dépassé 4 milliards de dinars sur les neuf premiers mois.
Ce succès cache pourtant une faiblesse : seuls 14 % des volumes exportés partent en bouteille. Le reste est vendu en vrac, puis mis en bouteille en Italie ou en Espagne, sans que l'origine tunisienne figure sur l'étiquette. Selon l'Onagri, l'huile conditionnée ne représente que 19,3 % des 4,7 milliards de dinars de recettes enregistrées sur dix mois. L'objectif de 20 % de conditionné n'est toujours pas atteint, malgré le Fonds de promotion de l'huile d'olive conditionnée (Foprhoc), créé en 2006.
Les freins sont connus : le coût des emballages, souvent importés, une forte concurrence internationale et le manque de visibilité des exportateurs sur leurs marchés. Pour Faouzi Zayani, expert en politiques agricoles, c'est aussi un problème de communication et d'appellations d'origine : la Tunisie n'en compte que deux, Teboursouk et Monastir, contre neuf pour la France. Oumeima Laifa, de la startup Euklydia, mise sur l'intelligence artificielle pour aider les exportateurs à choisir leurs marchés et à gagner jusqu'à 30 % de marge. L'enjeu n'est plus de vendre plus, mais de vendre mieux.
Source : Ilboursa, « Et si l'huile d'olive tunisienne portait enfin son nom ? », M.S, 19 octobre 2026. https://www.ilboursa.com/marches/et-si-lhuile-dolive-tunisienne-portait-enfin-son-nom-_65025
Pour la CCISTN, ce dossier touche directement la relation économique entre la Suisse et la Tunisie. La Suisse est un marché exigeant, où le consommateur accepte de payer plus cher un produit dont il connaît l'origine, la qualité et la traçabilité. C'est exactement ce que le vrac efface : une huile tunisienne mise en bouteille ailleurs arrive dans les rayons suisses sans dire d'où elle vient.
Le constat de l'article est clair. Produire une excellente huile ne suffit pas. Il faut connaître le marché visé, ses règles d'étiquetage, ses circuits de distribution et les attentes de ses clients. En Suisse, cela veut dire un étiquetage conforme aux règles locales, des labels bio reconnus et une histoire simple sur le producteur. La Tunisie étant le premier producteur mondial d'huile d'olive biologique, l'atout existe déjà. Il reste à le rendre visible.
Les appellations d'origine sont un autre levier que la Suisse connaît bien. Le Gruyère ou la Tête de Moine montrent qu'un nom protégé, lié à un territoire, crée de la valeur et de la confiance sur la durée. Avec seulement deux appellations, dont l'avenir reste incertain, la filière tunisienne dispose d'une vraie marge de progression.
L'exemple d'Euklydia montre aussi que la réponse peut venir de la technologie et des jeunes entreprises tunisiennes. Des outils d'aide à la décision peuvent réduire le risque pris par un exportateur qui se lance dans le conditionné, en l'aidant à choisir le bon marché au bon moment.
La CCISTN peut jouer son rôle de pont : rapprocher les producteurs et conditionneurs tunisiens des importateurs, distributeurs et épiceries fines en Suisse, et partager les règles concrètes de ce marché. Vendre mieux, c'est aussi vendre là où la qualité est reconnue et payée à sa juste valeur.
Votre équipe CCISTN
Chambre de Commerce et d'Industrie Suisse-Tunisie



